SE SENTIR MAL À L'AISE COMME UNE ZONE DE CONFORT

 

Maison Martin Margiela 1989

“C'est lorsque nous sommes mal à l'aise que nous apprenons le plus sur nous-mêmes et sur les autres". J'ai entendu cette phrase il y a quelques jours dans une vidéo que je regardais sur YouTube. Cela m'a fait réfléchir à l'idée évidente et immédiate qu'un malaise profond, ou ce que nous définissons habituellement comme "toucher le fond", est souvent le seul véritable moteur de nos changements (malheureusement). Nous le savons tous et le vivons dans la vie.

Mais cela m'a aussi fait penser à ce blog. Comment j'ai progressivement cessé de participer aux défilés de mode ou aux événements liés à la mode parce qu'ils me mettaient mal à l'aise. Un malaise donné par le fait de me voir parader devant mes yeux dans un environnement prosaïque, mesquin, grossier, égocentrique et intéressé par l'argent alors que mes yeux idéalistes voulaient continuer à le voir comme un environnement artistique et créatif en mouvement fervent.

Dans mes postes, j'ai toujours écrit et montré des vêtements avec l'objectif qui pourrait nous servir à trouver notre style. Le blog a été arrêté depuis un certain temps parce que je me suis demandé si ce genre de cadre avait un sens, s'il en avait toujours un. Si ça me plaît toujours.

Parce qu'il est maintenant clair pour moi que parler de la mode me met parfois mal à l'aise. Je pense que les vêtements peuvent aider à clarifier nos idées sur qui nous sommes ou qui nous aimerions être. Exprimer notre personnalité, la rendre visible aux autres, la mettre en valeur, même lorsque nous nous sentons écrasés. Des autres, des règles, d'un monde qui a besoin que nous soyons tous égaux pour être appréciés.

Les stylistes du passé ont subverti les règles du style et, au fil des ans, ont changé la façon dont nous enveloppons notre corps mais aussi notre mentalité. Il fut un temps où porter un pantalon pour une femme était considéré comme scandaleux. C'était pour la mini-jupe. Pour le clou de cuir. Même aujourd'hui, si vous vous habillez toujours uniquement en noir, vous transmettez aux autres une position sur le monde qui va au-delà des vêtements que vous portez.

Aujourd'hui, si je dois dire à quelqu'un pour la première fois que j'ai un blog de mode, je vois une série d'images qui défilent dans les yeux de mon interlocuteur, allant de la photo de la jambe prise de bas en haut, au fond ferme avec le reflet d'une piscine qui scintille dessus, à la question "alors vous êtes un influenceur" ? Et puis je dois mettre mes mains en avant et expliquer que non, "je fais quelque chose de différent". Que parfois même j'écris. Pas de légende sous les photos Instagram. Pas avec une écriture adaptée au papier de chocolat. (Pourquoi aimez-vous tant les phrases mélodramatiques ? (Je ne m'en remettrai jamais).

Il y a quelques jours également, j'ai lu un article - en fait, je l'admets, je voulais m'arrêter au titre et à la boutonnière - qui annonçait triomphalement comment une influenceuse américaine bien connue avait lancé sa propre collection de vêtements en capsule et qu'elle s'était écoulée en un jour. Je pense que ce titre reflète l'état du système de la mode aujourd'hui. La nouvelle est immédiatement épuisée. Celui qui a inventé et conçu la collection est un designer qui travaille incognito, comme un écrivain fantôme. L'héroïne de la réussite économique moderne est l'influenceur. Le support de ses photos publiées sur un réseau social. Si ce sont là les contes de fées et les fins heureuses que nous choisissons de nous raconter aujourd'hui, ce n'est pas pour moi.

Je ne crois pas en un PIB qui doit constamment augmenter, et en restant à la mode, je ne crois pas en une industrie qui continue à pousser les revenus continus de ce que je considère comme des morceaux de tissu sans histoire, sans contexte, sans quelqu'un qui les a conçus pour les vendre, bien sûr, mais avec un peu d'affection, d'inspiration, qui y a cousu un morceau de sa vision du monde. Ils représentent plutôt le contraire, des vêtements auxquels la saleté et la sueur des hangars dans lesquels ils sont produits restent attachés. De plus en plus. Je ne crois pas en une mode qui croit que le cachet d'un logo suffit à communiquer la "mode".

J'ai cessé de croire que plus c'est mieux. Après des années passées avec une frustration perpétuelle induite par ceux qui me disaient que je n'avais pas assez d'adeptes pour telle ou telle collaboration. Que les adeptes sont tout. Que peut-être je n'étais pas assez bon, je n'étais pas assez bon. J'ai simplement accepté la réalité. Que la mienne est une réalité différente et que je suis d'accord avec elle. J'ai le type de blog, le type de communication, le type de conception, qui fonctionne peut-être plus pour un millier que pour dix mille personnes. Mais ce sont des gens avec lesquels je me sens en phase, qui au fil des ans ont toujours enrichi ces pages de leurs propres idées et expériences qu'ils voulaient partager. Je préfère être entouré de gentillesse plutôt que de polémiques et d'agressivité s'aventurant sur les questions sociales.

Que deviendra cet espace ? Je ne veux pas encourager le shopping inconditionnel, car le message que je voudrais faire passer est de recycler, de faire revivre ce que nous avons déjà, de redécouvrir le passé et de sélectionner plus soigneusement le nouveau. Je ne sais pas encore ce qu'il en adviendra. Mais je pense que c'est bon. Le malaise de ne pas encore savoir exactement quelle direction prendre sera le moteur du changement.

A.F. Vandevorst SS 2000, presentation at Paris swimming pool

 

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